Chacun son caractère !

12 mar

Appel à texte…

Illustration : Emmanuelle Hiron

Cela devait être aujourd’hui le 10e caractère…

À la place, une proposition : écrire, à votre tour, un caractère. L’illustration ci-dessus, création d’Emmanuelle Hiron, est là pour provoquer le déclic. D’ailleurs, d’un clic vous pourrez l’agrandir pour en voir les détails, et trouver l’inspiration.

À partir de cette image, je vais moi aussi écrire un texte, qui sera donc ce 10e caractère, et le publier lundi prochain. J’ajouterai à la suite toutes les histoires que vous m’aurez envoyées, liées à cette illustration.

Pour me faire parvenir vos textes, deux moyens : descaracteres@gmail.com ou tout simplement, un commentaire à ce post (ou à celui de la semaine prochaine).

L’idéal serait d’envoyer les participations lundi prochain, mais j’accepte les réponses sans limite dans le temps.

Allez, hop ! à vos crayons/claviers.

Thomas

5 mar

Scoop

Illustrations de Sophie Yin

 

- Je me trouvais au milieu de tout ce monde. C’était terrible. Je ne savais pas quoi faire. Je ne voyais pas de victimes, mais je me doutais qu’il devait y en avoir sous les décombres. Le bâtiment n’était plus qu’un amas de graviers. Autour de moi, les gens semblaient désemparés eux aussi. Alors je me suis dit que je n’étais pas là pour rien, que j’avais le devoir de témoigner. C’est le rôle d’un journaliste, non ?

- Oui, enfin tu n’es encore qu’étudiant-journaliste, Tom… Tu étais où ?

- Ca faisait à peine un quart d’heure que je t’avais laissée. Je me promenais toujours dans le même quartier. J’avais dans l’idée de me trouver un petit café sympa pour écrire mon journal de voyage. Et puis j’ai entendu une détonation très forte. J’ai su instantanément que quelque chose venait de se produire.

- Mais tu sais de quoi il s’agit ? Lire la suite 

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Marguerite

27 fév

Avalanche

Illustrations de Sophie Yin


Chien

Au pied

Fais le beau

Pose les chaussons

Attrape le susucre

C’est un beau chienchien ça

C’est le chien à sa mémé

Il a bien appris ses leçons

Y sent bon le chien sorti du bain

Mémé va lui préparer la pâtée

Ne mords pas la jambe de ta mémé

Qu’il est vilain ce méchant chien

Un coup de pied pour sa peine

Pas le pied de mémé

Lâche ça tout de suite

Croque pas mes mains

Ca suffit

Sale bête

Ahhh

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Éric

20 fév

Sur le quai

Illustrations : Anne-Sophie Maurel

Deux silhouettes se rapprochent. Elles se mêlent un instant, et n’en forment plus qu’une. Il fait nuit, et le quai est à peine éclairé. Difficile de distinguer les détails. Les silhouettes n’ont pas de visages. Elles se séparent, puis se rencontrent à nouveau. Très vite. Comme une danse, mais en plus rude. Il est évident que quelque chose de singulier est en train de se produire. Progressivement, l’une des ombres s’affaisse. Lire la suite 

Victor

13 fév

Le Maître

Illustrations : Emmanuelle Hiron

Leur longueur était idéale. Plus longs, ils se seraient apparentés aux doigts d’un pianiste : gracieux tant qu’ils courent de touches noires en touches blanches, mais trop délicats au quotidien. À l’inverse, s’ils avaient été plus courts, ils auraient transformé ses mains en pattes d’ouvriers, trapues et hargneuses. Au lieu de cela, ils atteignaient l’équilibre visuel parfait.

A peine plus haute que le majeur, la paume complétait l’impression d’harmonie. On aurait aimé se faire tout petit et s’y blottir, sûr d’en sortir changé… Lire la suite 

Jeannette

6 fév

Au salon de thé

Illustrations de Claire Paq

Une place de stationnement libre, sur la presqu’île de Lyon, ce n’est plus si courant. Le salon de thé n’est pas à côté, mais pas trop loin non plus. Elle pourrait descendre dans l’un des nombreux parkings souterrains, bien sûr, mais les sous-sols ne l’enchantent guère. Elle s’y sent oppressée. Et puis elle n’a pas tellement envie d’encourager ces lieux. Ils en ont déjà trop creusés, à tel point qu’elle se demande ce qui empêche la ville de s’effondrer.

Si elle laisse sa voiture ici, elle devra traverser la vaste place Bellecour. A son âge, une randonnée sportive… Que ne ferait-elle pas pour une pâtisserie ! Et ce n’est rien : parfois, elle parcourt plus de huit-cent mètres pour atteindre le salon de thé de la rue Émile Zola… Lire la suite 

Émilie

30 jan

Psyché

Illustrations : Anne Lecomte


Madame Lemonnier, la femme du pharmacien, avait incité Hélène à s’établir comme couturière indépendante. A l’époque, celle-ci se contentait d’honorer quelques commandes pour arrondir son salaire de vendeuse. Depuis, ses revenus avaient augmenté, et elle gagnait désormais assez d’argent pour vivre confortablement avec ses deux filles.
Ses succès, Hélène les devait à deux qualités : elle travaillait rapidement, ce qui lui permettait de pratiquer des tarifs peu élevés, et elle savait se montrer de bon conseil. Ses clients n’avaient bien souvent qu’une idée vague du modèle de vêtement dont ils avaient envie, et quant à choisir le tissu, ils se sentaient généralement perdus. Son avis de professionnelle les rassurait, et lorsqu’ils revenaient la voir pour leur seconde commande, c’était en quête de cette sérénité. Lire la suite 

Blaise

23 jan

Canapé

Illustrations de Camille Yin

-    Excusez-moi madame, il ne faut pas toucher ; c’est une œuvre fragile.
-    Je suis désolée, je ne savais pas. Je voulais évaluer la nature des matériaux employés.
Quelle pièce formidable, n’est ce pas ? On a envie de s’allonger dessus, et pourtant, comme ça doit être inconfortable !

Inconfortable, c’est sûr. Surtout lorsqu’elle se sera retrouvée le cul par terre, au milieu des débris de la sculpture. Y a du monde aujourd’hui, on va faire un record de visites.

-    Monsieur s’il vous plaît, ne posez pas votre chapeau sur cette sculpture.
-    Je n’en ai que pour un instant, je note un numéro de téléphone.
-    Même pour un instant, je vous demanderai de ne pas le placer sur une œuvre de l’exposition. Elles ne sont pas prévues pour cela.
-    Enfin bon… « œuvre », c’est un grand mot. C’est un canapé, pas très beau, en pierre. En quoi peut-on qualifier ça d’œuvre ? La chapelle Sixtine c’est une œuvre, la Joconde aussi. Ce canapé, c’est une bonne blague, rien de plus.
-    En céramique, et non en pierre. Lire la suite 

Pierre

16 jan

Lap dance

Illustrations de Sophie Yin

La musique est forte, les basses puissantes… Il sent une vibration envahir son corps. La jeune femme danse doucement, presque tendrement. Ses mouvements sont retenus, témoignant d’une certaine maîtrise technique. Elle l’effleure parfois, de sa main, de son bras, de ses cuisses, mais avec une légèreté surprenante.
Sous ses longs cheveux ondulés, son visage se dérobe. Parfois, d’un geste souple et délicat, elle les replace derrière ses oreilles, laissant apparaître des lèvres sans expression. Elle semble absente.

Lui aussi est absent. Il observe la danseuse, apprécie les volutes formées par sa jupe, mais son esprit est ailleurs. Depuis le matin déjà, une idée occupe son esprit : vingt-sept ans dans quelques jours, mais aucun avenir. Il a passé la journée à arpenter sans but les trottoirs de Paris. Cet anniversaire qui se profile n’est pas le véritable objet de sa mélancolie, plutôt un catalyseur. Les six derniers mois ont réduit à néant ses projets, et il n’arrive plus à espérer. Lire la suite 

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François-Xavier

9 jan

Demain

Illustrations de Sophie Yin

François-Xavier était un homme constant. Constant dans ses habitudes, constant dans ses amitiés, mais surtout, constant dans son humeur. Il ne s’emportait pas, et ne se laissait jamais aller à l’euphorie ou à la déprime. En un sens, François-Xavier était ignorant des émotions du commun. Mais par une chaude soirée de printemps, François-Xavier se retrouva confronté à un incident qui ébranla son stoïcisme.

Ce soir-là, lors d’un débat politique à la télévision, il ressentit de désagréables picotements sillonnant son corps du coccyx vers la nuque. Attentif aux échanges musclés qui faisaient la joie de l’animateur, son épiderme lui parut effleuré par un faible courant électrique. N’ayant jamais rien éprouvé de tel, il s’en étonna, se demandant même s’il lui fallait consulter son médecin.
Tout autre que François-Xavier aurait identifié d’instinct cette sensation, mais pour lui, il s’agissait bel et bien d’une découverte : il expérimentait pour la première fois ce que nous nommons l’agacement, alors qu’un candidat à l’élection présidentielle se faisait asticoter sur le slogan de sa campagne.
Il faut dire que ce slogan, c’est François-Xavier qui l’avait trouvé. “Vers un autre demain”. Pas bien original, il en convenait, mais on ne le payait pas pour se démarquer. Ce qu’on attendait de lui, ce qui justifiait l’extravagance de son salaire en somme, c’était son éblouissante capacité à projeter les foules, d’un mot ou d’une phrase, dans les allées des supermarchés, caddie en guise de voiture bélier, à la conquête d’un yaourt amincissant ou d’un shampoing revitalisant. Lire la suite 

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